L'impact des dispositifs anti-covid sur notre santé

27.11.20

Le contexte sanitaire actuel amène son lot d’interrogations d’une part sur la transmission du virus Covid-19, sa propagation dans l’air ou dans les gouttelettes et d’autre part sur les moyens et dispositifs pour limiter les risques d’exposition et potentiellement éliminer les bactéries. De nombreuses solutions, notamment en lien avec la qualité de l’air intérieur, sont misent en avant sur le marché avec la plupart du temps une promesse claire : tuer 99,9 % des bactéries présentent dans l’air ! Purificateurs, photocatalyse, Ozone, traitement UV...

Dans son dernier communiqué de presse, L’Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS) apporte son expertise pour mettre en avant les limitations et les risques parfois liés à ces nouveaux dispositifs anti-covid-19. En effet, il s’avère que certaines « innovations » ne réduisent pas le risque de contamination et peuvent au contraire engendrer des risques sur la santé.

Cet article fait le point sur les technologies existantes, purificateurs, photocatalyse, Ozone, traitement UV..., leurs limitations à connaître et les précautions à appliquer pour éviter d’impacter négativement sa santé et son environnement.

 

Au-delà de la promesse, comment fonctionne un purificateur d’air ?

Un purificateur d’air aspire l’air d’un environnement donné, le traite grâce à différentes techniques et le rejette dans ce même environnement avec un objectif simple transformer l’air vicié en air « pur ».

Voici un rapide tour d’horizon des techniques les plus répandues et utilisées par les fabricants dans leurs purificateurs sur l’aspect élimination des contaminants biologiques :


La filtration

La filtration est une opération qui consiste à piéger des particules de l'air sur la base de phénomènes physiques et mécaniques : le tamisage, l'inertie, l'interception et la diffusion. Les filtres utilisés en traitement de l’air sont majoritairement dédiés au dépoussiérage. Il existe plusieurs types de filtres en fonction, notamment, de la granulométrie des particules à piéger. Cette technique est susceptible de diminuer la concentration des virus possiblement présents dans l’air.

Pour être plus précis, uniquement les purificateurs équipés de filtres HEPA de classe minimale H13 selon la norme EN 1822-1 et installés de manière parfaitement étanche permettent d’arrêter efficacement les aérosols susceptibles de véhiculer le virus. Toutefois, il faut bien être conscients que l’efficacité dépend de la rigueur appliquée dans l’entretien régulier et le respect des préconisations constructeurs. En effet, lors de son utilisation répétée, le filtre sencrasse ce qui réduit son efficacité. Une maintenance régulière avec le nettoyage et / ou changement des filtres est donc nécessaire.

Il est nécessaire de s’assurer que le purificateur d’air choisi ait une efficacité adaptée au volume de la pièce dans laquelle il est disposé. Également, il faut être vigilant à ce que le purificateur n’est pas une vitesse de rejet d’air trop puissant qui pourrait faciliter la dispersion des gouttelettes virales. Ces précautions sont applicables pour l'ensemble des purificateurs.

 

L’ionisation positive ou négative

L’ionisation est la transformation d’un atome ou d’une molécule électriquement neutre en ion, par la perte ou le gain d'un ou plusieurs électrons. Le principe de l’ionisation est de précipiter les particules chargées de l’air vers les surfaces par attraction électrostatique, c’est l’ionisation simple. Les particules de charges opposées peuvent également s’attirer et former des particules plus lourdes qui vont se déposer sur les surfaces plus rapidement.

Concernant l’efficacité sur les contaminants biologiques : les résultats transmis par la communauté scientifique sont mitigés en fonction des souches sur lesquels les tests ont porté. L’efficacité est à priori davantage attribuée aux filtres HEPA qui équipent également les purificateurs.

De plus, cette technique entraine la génération de sous-produits. En effet certains générateurs d'ions négatifs peuvent émettre de l'ozone. Même si les concentrations produites en Ozone sont en dessous des concentrations affectant la santé humaine, la capacité de lozone à réagir avec plusieurs polluants de lair intérieur entraine la formation de nombreux sous-produits. Ainsi, l’ozone réagit notamment avec des composés issus des produits ménagers, de désodorisants, des revêtements de sols comme le parquet, des peintures murales… pour former des particules ultrafines, du formaldéhyde, des cétones et des acides organiques.

 

L’ozonation

Le principe de l’épuration de l’air par ozonation repose sur l’émission dans l’air d’ozone par des générateurs d'ozone. La molécule d’ozone(O3), très réactive et relativement instable, a une tendance naturelle à se décomposer en dioxygène (O2) et oxygène atomique (O) qui vont réagir avec d’autres composés chimiques jusqu’à les décomposer. Cette capacité à céder facilement un atome d’oxygène lui confère un très fort pouvoir oxydant. La technique de l’épuration par ozonation repose sur cette propriété de lozone à pouvoir générer des réactions de décomposition.

Quant à l’utilisation de l’ozone gazeux en tant que biocide pour la désinfection de surfaces, si plusieurs études présentent de bons résultats sur diverses bactéries, moisissures et levures, la recherche bibliographique na pas permis de trouver d’études sur des virus « enveloppés » comme le SARS-CoV-2.

Rappelons que l’ozone est un gaz irritant pour la peau et surtout les yeux et les muqueuses. Suivant la dose inhalée, des troubles, allant d'une légère irritation des muqueuses et d'une sécheresse buccale à des lésions pulmonaires, peuvent apparaître. Ils peuvent également s'accompagner d'atteintes neurologiques (maux de têtes, fatigue, troubles de coordination...). Par ailleurs, bien que l’ozone soit ininflammable, il peut aussi entrainer l’inflammation de matières combustibles et être à l’origine d’explosions, sous certaines conditions.

Actuellement, en France, des sociétés proposent le recours à des générateurs d’ozone pour la désodorisation, voire la désinfection des locaux. D’après la documentation mise à disposition par ces sociétés, les équipements proposés peuvent générer des concentrations en ozone jusqu’à plus de 100 fois supérieures à la VLEP (valeurs limites d'exposition professionnelle) journalière. Dans ces conditions, le protocole de traitement des locaux par l’ozone gazeux doit permettre de garantir l’absence de personnes ainsi que l’absence de fuites de gaz vers les locaux adjacents. De plus, une phase de surveillance de la concentration résiduelle en ozone, doit être prévue à l’issue du traitement avant d’autoriser à nouveau l’entrée dans les locaux.

Comme indiqué dans la section précédente, même si les concentrations produites en Ozone sont en dessous des concentrations affectant la santé humaine, la réactivité de lOzone avec dautres polluants peut former des particules ultrafines, du formaldéhyde, des cétones et des acides organiques.

Les recommandations de l’INRS sont qu’ « au regard des risques encourus par lutilisation de lozone gazeux et des incertitudes qui semblent exister sur son efficacité vis-à-vis duSARS-CoV-2, lapplication de la démarche de prévention des risques chimiques impose de chercher à substituer ce procédé par un autre moins dangereux, en sassurant quil remplit lobjectif initial d’élimination du virus ».

 

La photocatalyse

Le principe de la photocatalyse repose sur la décomposition de molécules par une succession de réactions d’oxydo-réductions à la surface d’un matériau semi-conducteur, dit « catalyseur », préalablement activé par un rayonnement lumineux de type UV.

Ce traitement doit, en théorie, conduire à la formation de molécules inoffensives telles que l’eau et de dioxyde de carbone.

Cependant, des études montrent qu’en réalité l’efficacité de ce traitement est très variable d’un modèle à un autre et que des sous-produits, parfois dangereux, peuvent être générés. C’est pourquoi, il est nécessaire de s’assurer du bon fonctionnement avec des tests et des certifications. Néanmoins, la plupart des tests normalisés, réalisés en enceintes confinées, ne sont pas représentatifs des conditions réelles d’utilisation. Une augmentation des concentrations en formaldéhyde et acétaldéhyde peut être observée en conditions réelles sans pour autant avoir été observée lors des tests normalisés.

Le vieillissement de lappareil est aussi un paramètre à prendre en compte pour lefficacité du purificateur car celle-ci peut être réduite par l’encrassement ou l’empoisonnement du catalyseur. En effet des études terrain montrent une rapide désactivation du catalyseur, de 55 à plus de 90 % après une semaine dutilisation.

Concernant l’efficacité vis-à-vis des contaminants biologiques, certaines études montrent que le rayonnement UV de la photocatalyse peut être efficace sur certaines bactéries.

De manière générale, les recommandations de lINRS sont de « fortement déconseiller de choisir des appareils utilisant un traitement physico-chimique de lair (catalyse, photocatalyse, plasma, ozonation, charbons actifs…). Non seulement leur efficacité vis-à-vis des virus nest pas prouvée mais suite à une dégradation de polluants parfois incomplète, ils peuvent impacter négativement la qualité de lair intérieur par la formation de composés potentiellement dangereux pour la santé, y compris des agents chimiques CMR1 ».

 

Il est à noter que les conclusions de l’INRS apportent aussi des réponses sur des procédés non liées à la qualité de l’air comme les traitement biocides par exemple. Retrouvez ici le communiqué de l’INRS

* agents chimiques CMR1  : cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques