L’air s'améliore-t-il avec le confinement ?

L’air s'améliore-t-il avec le confinement ?

Les médias en parlent, la qualité de l’air s’améliore grâce au confinement, et pourtant ce week-end l’indice qualité de l’air était médiocre sur une grande partie de la France, on vous explique tout.

Des rues vides de tout trafic routier, une activité économique très faible... nous pourrions nous attendre à une amélioration très nette de la qualité de l’air. Et pourtant, nous constatons bien que de manière globale cette amélioration reste relative.

Les constatations sur la qualité de l'air

Les sources de pollution ne sont pas uniquement liées au trafic routier ou aux industries. Parmi les polluants réglementés et mesurés dans l’air extérieur, seuls les oxydes d’azotes (NO, NO2) montrent une forte diminution puisque ce sont des polluants liés en partie aux gaz d’échappement des véhicules. Ce sont d’ailleurs des comparatifs sur le NO2 qui ont été révélés par la NASA avec des images satellites de pollution en Chine entre janvier et février. Le constat est flagrant.

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À Wuhan, il a été constaté une réduction de 10 à 30% du dioxyde de d’azote (NO2). Ce constat a également été fait aux États-Unis avec une rapide réduction de la concentration du dioxyde de d’azote sans précédent dans certains états.

En France, 48 heures après la mise en place du confinement, Airparif a constaté une concentration en NO2 inférieure de 60%, en comparaison aux moyennes des mois de mars des années précédentes.

Alors, pourquoi l'indice qualité de l'air reste médiocre ?

Afin d’apporter plus d’informations sur ce phénomène de dégradation de l’air extérieur, regardons les données envoyées par un de nos détecteurs situés à Rouen. À savoir que les conclusions sont similaires sur d’autres régions en France.

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La courbe ci-dessus montre la concentration en PM10 en µg/m³ depuis le 14 Mars.

Les valeurs sont supérieures aux seuils de vigilance (seuil d’information et de recommandation) fixé à 50 µg/m3 le 27 et 28 Mars 2020 alors que nous sommes en plein confinement. On constate, également, que le déplacement des masses d’air peut faire évoluer très rapidement les concentrations en particules fines comme dans la nuit du 28 au 29 Mars où la concentration passe de 72 µg/m³ à moins de 5 µg/m3 en quelques heures.

Autres chiffres marquants, nous avons comparé la moyenne en PM10 sur le mois de Mars avant et après le confinement avec ce même détecteur. Nous constatons une augmentation de 200% des PM10 dans l’air après que le confinement soit décrété.

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Nous pouvons expliquer cette hausse à cause de plusieurs facteurs avec d’une part l’augmentation de l’utilisation des chauffages résidentiels, et aussi des conditions météorologiques avec des vents dominants (Nord / Nord – Est) amenant des polluants des autres régions Européennes (Benelux – Allemagne). De plus, le fort ensoleillement favorise la création de particules fines secondaires dans l’atmosphère et le manque de précipitations ne permet pas de laver l’atmosphère.

Ces variations correspondent à des pollutions liées aux conditions printanières retrouvées chaque année à cette période.

 
Pour autant, l'air est-il plus pur ?

Oui, la qualité de l’air est indéniablement meilleure mais elle n’est pas pour autant pure. Comme indiqué précédemment, le nombre de personnes confinées à leurs domiciles cause une augmentation de l’utilisation des chauffages et de ce fait induit une émission plus importante en particules fines. La météo joue aussi un rôle omniprésent puisque les vents, les températures, les précipitations sont des facteurs influençant les variations de la qualité de l’air.

Concrètement un fort ensoleillement favorisera la formation de polluants secondaires comme l’Ozone et entraînera également une augmentation de la concentration en particules fines. Les vents dominants permettent aussi bien de nettoyer l’air en déplaçant les polluants mais tout aussi bien d’amener des masses d’air en provenance d’autres régions ou pays. Les précipitations nettoient également l’air en entraînant au sol les particules et en diluant certains polluants.

La conclusion de ces différents phénomènes que nous rencontrons actuellement permettent de constater que le trafic routier n’est pas l’unique cause de la pollution, il en est un contributeur parmi tant d’autres. De nombreux enseignements vont pouvoir être scientifiquement tirés de cette période unique et notamment voir qu’une politique anti-voiture à elle seule n’a pas d’intérêt si elle n’est pas coordonnée avec l’ensemble des potentielles sources de pollution à une échelle Européenne. En effet, tout comme le virus qui nous touche actuellement, la pollution n’a pas de frontières et peut toucher chacun d’entre nous.

L’heure n’est pas aujourd’hui d’agir ou de vouloir créer des polémiques, la solidarité prime pour traverser collectivement cette épreuve en soutenant du mieux que nous pouvons le personnel contribuant quotidiennement au maintien de notre nation. Pour les personnes qui télé travaillent, qui gardent leurs enfants, qui veillent sur leurs proches : en restant chez vous et en appliquant nos conseils pour préserver votre air intérieur, vous contribuez à sauver des vies.

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